Librairies en difficulté : pourquoi les enseignes historiques du livre vacillent

Intérieur d'une librairie française avec des étagères en bois remplies de livres

Furet du Nord, Decitre, Sauramps : en l’espace de quelques semaines, plusieurs enseignes historiques de la librairie française ont été placées en redressement judiciaire. Derrière ces procédures, une crise structurelle du secteur qui dépasse largement le seul calendrier de la rentrée littéraire.

Une cascade de défaillances chez les enseignes historiques

Le tribunal de commerce de Lille Métropole a placé le groupe Nosoli, maison mère de Furet du Nord et Decitre, en redressement judiciaire le 1er juin, après une demande déposée le 26 mai. En cause : un recul des ventes de 15 % depuis 2021 et une dégradation du marché plus rapide que prévu depuis le début de l’année. Le 30 juin, un plan de restructuration a été présenté aux salariés : onze librairies doivent fermer, dont sept Furet du Nord et quatre Decitre, parmi lesquelles trois dans le Nord (Roubaix, Villeneuve-d’Ascq, Béthune). Jusqu’à 163 postes pourraient être supprimés. Le groupe pesait pourtant 150 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025, avec 18 magasins Furet du Nord et 9 Decitre.

Sauramps, une institution montpelliéraine fragilisée

À Montpellier, la librairie Sauramps, fondée il y a 80 ans, a elle aussi été placée en redressement judiciaire le 15 juin par le tribunal de commerce local. En cessation de paiements, l’enseigne ne pouvait plus honorer ses dettes ni commander de nouveaux ouvrages ; elle a obtenu une période d’observation de trois semaines pour évaluer la viabilité de son activité. Après Gibert, c’est une nouvelle librairie repère qui se retrouve fragilisée, alors même que la rentrée littéraire continue d’alimenter chaque année les vitrines de ces enseignes.

Pourquoi le prix unique du livre ne suffit plus

La loi sur le prix unique du livre protège en théorie les librairies de la concurrence par les prix. Mais elle ne suffit plus à absorber la hausse des loyers, de l’énergie et des salaires, ni la pression du commerce en ligne et la concentration des achats sur un nombre restreint de titres à succès. Résultat : des enseignes qui affichaient pignon sur rue depuis des décennies se retrouvent en quelques mois en grande difficulté financière, malgré une activité éditoriale qui reste dense, comme en témoigne la vitalité de prix littéraires tels que le prix littéraire Le Monde.

Ce que cela change pour les lecteurs et le secteur

  • Moins de points de vente physiques dans certaines villes moyennes, au profit des plateformes en ligne.
  • Des délais de commande et de réassort potentiellement allongés le temps des restructurations.
  • Une pression accrue sur les éditeurs, qui dépendent de ces enseignes pour la mise en avant de leurs nouveautés et de leurs auteurs, à l’image du parcours singulier d’un auteur comme Antoine Volodine.
  • Des emplois qualifiés (libraires, conseillers spécialisés) directement menacés par les plans sociaux en cours.

Questions fréquentes

Qu’est-ce qu’un redressement judiciaire ?

C’est une procédure judiciaire destinée aux entreprises en cessation de paiements mais dont la situation n’est pas irrémédiablement compromise. Elle ouvre une période d’observation pendant laquelle un plan de continuation, de cession ou, à défaut, de liquidation peut être décidé.

Les librairies Furet du Nord et Decitre vont-elles toutes fermer ?

Non. Le plan présenté fin juin prévoit la fermeture de onze magasins sur les 27 que compte le groupe Nosoli, pas la totalité du réseau. Les autres établissements poursuivent leur activité pendant la période de restructuration.

Le prix unique du livre protège-t-il les librairies indépendantes ?

Il limite la concurrence par les remises, mais ne compense pas la hausse des charges fixes (loyers, énergie, salaires) ni la concurrence du commerce en ligne, ce qui explique la fragilité persistante de certaines enseignes malgré ce cadre protecteur.

Sources

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